"Second Life"
Libération : "Quand de vraies entreprises investissent la vie pour de faux. Second Life, monde parallèle sur le Net, attire désormais des sociétés bien réelles ". 28 août 2006
Christophe Alix, dans "Libération" du 28 août, attire notre attention sur "Second Life" du studio californien linden Lab. Nous sommes au coeur des problématiques soulevées par Mondes Possibles, et preuve en est, du retard des européens sur les capacités des américains à mettre en oeuvre des univers de fiction sur Internet.
Un commentaire de Michel Gensollen, chercheur à l'Ecole supérieure des télécoms, vient souligner l'importance de la création de ces mondes parallèles sur le Net.
Que des sociétés bien réelles viennent occuper l'espace virtuel investi de Second Life par les milliers (579 000) de "résidents" n'est pas étonnant. La publicité, le marketting occupent largement l'univers imaginaire. On le sait depuis au moins Benjamin !
Aussi, dès qu'Internet est capable de donner corps (virtuel, symbolique) à cet univers par le réseau, les sociétés disposent d'un nouveau pouvoir sur les mentalités.
Ce qui est plus nouveau, c'est la marchandisation de ces échanges virtuelles, avec la création d'une monnaie, le Linden Dollar permettant les transactions dans cet espace. Mais comme la gestion des parts d'imaginaire de Second Life n'est pas sans effet sur l'économie réelle, ceci s'exprime par un taux de change (bien réel..) entre dollar et Linden Dollar. Le fétichisme de la marchandise est ici poussé à son extrême. On peut prévoir qu'à terme, l'économie imaginaire devienne centrale, l'économie "réelle", parallèle, tant l'essence du capitalisme est de résider, comme l'indique Gensollen, de plus en plus dans la part informationnelle, immatérielle et/ou de matière grise, de la valeur des biens.
Par transitivité, il serait interessant de savoir combien valent en Euro les Linden Dollar, tant l'économie européenne est faible dans ces investissements imaginaires sur Internet...
Gensollen a raison de souligner cette "convergence entre réel et virtuel , leur porosité croissante, au point que certains présdisent déjà l'effacement de cette frontière".
Il n'y a de fait aucune raison, au contraire, pour que l'économie, au même titre que les relations sentimentales, sexuelles, les jeux de hasard ou la politique, ne viennent se confronter avec l'élaboration, sur le Net , de mondes possibles, du seul fait que ceux-ci ne sont pas (totalement) contradictoires avec les injonctions du "réel" (disons plutôt de l'"actuel"), mais en contraire en exploitent toutes les conséquences logiques, au sens modal du terme. Un monde où les créations des acteurs exploitent ces modalités contrefactuelles.
Là où cela ne fait que déplacer la question ( ...elle bien réelle!), c'est que Second Life suppose que les résidents fassent valoir leur droit de propriété, leur copyright, sur leur création virtuelles....garantie qu'ainsi ce détour ramènera efficacement aux dollars, eux bien sonnants et trébuchants. Il n'y a pas lieu d'admettre cette logique, où Second Life n'est alors plus qu'un avatar amplifié de la jungle capitaliste dans ce qu'elle a de plus sauvage. Gensollen a raison d'indiquer qu'on est plus dans du jeu : "Ce temps passé de création (...) est clairement du temps de travail crèant de la valeurdans les formes numérisées."
Il faut que la problématique des Mondes possibles soit intégralement déplacée au sein du Net, où d'autres sanctions qu'économiques viennent réguler les comportements "socialement persistants", par un développement inouie des possibilités, et non une réduction à un jeu de société bloqué (e), et qui n'aurait même pas l'intérêt de la "gratuité".
Il faut ainsi que dans Second Life on puisse aussi expérimenter d'autres formes non destructrice de production...un altermondialisme militant au sein de Second Life....Beau programme.
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